Ahmad Jamal
Frederick Russel Jones[1], futur Ahmad Jamal après sa conversion à l’islam en 1952, naît en 1930 à Pittsburgh dans une famille modeste. C’est grâce au piano acheté par sa mère qu’il commence la musique[2][3].
Dans les années 1930, Pittsburgh voit naître de nombreux grands jazzmen, et comme plusieurs d’entre eux, le jeune Frederick (futur Ahmad Jamal) révèle très tôt des dons exceptionnels.
Son premier contact avec le piano a lieu à trois ans : défié par son oncle, il reproduit immédiatement, note pour note, une phrase musicale qu’il vient d’entendre, alors qu’il n’a jamais touché un clavier.
D’abord simple jeu, le piano devient une étude sérieuse à partir de sept ans grâce à des cours particuliers et à l’apprentissage du répertoire classique. Très précoce, il joue Liszt à onze ans, devient musicien professionnel, entre au syndicat à quatorze ans et part en tournée à dix-sept ans, renonçant à la Juilliard pour subvenir à ses besoins.
Très jeune, Ahmad Jamal joue dans les night-clubs de Pittsburgh pour gagner sa vie, accompagnant chanteuses, petites formations et big bands.
En 1947, il rejoint l’orchestre de George Hudson, une expérience formatrice qui lui apporte stabilité et expérience des tournées. Mais son style s’accorde mal avec la discipline des grands orchestres, et la collaboration prend fin en 1949.
Il fonde alors son premier groupe, The Four Strings, qui se dissout rapidement faute d’engagements. Déçu, il quitte Pittsburgh pour tenter sa chance à Chicago.
Arrivé à Chicago en 1950, Ahmad Jamal doit d’abord surmonter les restrictions du syndicat des musiciens et enchaîne divers petits emplois avant de pouvoir se produire. En 1951, il fonde son premier trio, The Three Strings.
Après plusieurs changements de musiciens, il stabilise son trio à la fin des années 1950. Le succès éclate en 1958 avec l’album Ahmad Jamal at the Pershing: But Not for Me, dont Poinciana devient un morceau emblématique. Malgré certaines critiques, cette réussite lui permet d’ouvrir son propre club à Chicago et de se lancer dans la production.
Les années 1960 sont plus difficiles : divorce, dissolution du trio, installation à New York et nouveaux projets qui ne rencontrent pas toujours le succès. Fatigué par les contraintes du métier et des affaires, et en difficulté financière, il décide en 1969 de se retirer temporairement de la scène.
Après la crise de 1969, Ahmad Jamal se recentre sur la musique et amorce une véritable renaissance avec l’album The Awakening, qui affirme son style définitif : arrangements sophistiqués, grande cohérence du trio et sonorité immédiatement identifiable.
Les années 1980 sont très fécondes : il multiplie concerts et enregistrements, explore le piano électrique, collabore avec des vibraphonistes et enrichit son travail rythmique avec des percussionnistes. En 1994, il propose avec Ahmad Jamal at Home un enregistrement en solo composé uniquement d’improvisations, synthèse épurée de son art.
À partir de la fin des années 1990, il poursuit une carrière active avec un trio stabilisé, s’imposant comme l’un des derniers grands témoins de l’âge d’or du jazz. Il meurt le 16 avril 2023, à 92 ans, dans le Massachusetts, des suites d’un cancer de la prostate.
SOURCES :
Fort d’une carrière exceptionnellement longue et de nombreuses tournées, Ahmad Jamal a côtoyé la plupart des grandes figures du jazz de la seconde moitié du XXe siècle. Musicien à l’écoute, il ne s’est pas limité à observer les évolutions du genre : il en a assimilé les influences pour les intégrer à son propre style.
Ahmad Jamal s’est toujours distingué par son indépendance artistique. Dans les années 1950, face à la virtuosité effrénée du be-bop, il privilégie la clarté du toucher et l’usage du silence. Dans les années 1960, alors que le free jazz domine, il reprend des morceaux populaires, au risque d’être jugé trop commercial. Puis, à contre-courant de la fusion des années 1970, il revient à un jazz acoustique et épuré avec The Awakening.
STYLE :
Ahmad Jamal associe volontiers son apprentissage du piano à sa découverte du répertoire classique. Son phrasé raffiné et la délicatesse de ses harmonies rappellent ainsi l’esthétique impressionniste de Ravel, Debussy ou encore Gershwin. Il conteste par ailleurs l’opposition souvent établie entre jazz et musique classique, affirmant que le jazz constitue, selon lui, la véritable musique classique américaine.
Dans cette même logique, Ahmad Jamal accorde une place essentielle aux standards dans son approche musicale : il privilégie l’interprétation et la relecture des œuvres du répertoire plutôt qu’une quête de nouveauté à tout prix. Comme il le souligne, aucun musicien de jazz ne peut ignorer les standards, qui constituent selon lui le fondement et la singularité de cette « musique classique américaine ».
Il affirme avoir débuté en tant que pianiste et compositeur. Aujourd’hui, mon répertoire se compose à environ soixante-dix pour cent de mes propres œuvres, les trente pour cent restants étant des pièces écrites par d’autres musiciens. »
Source Wikipedia;